Les marches que vous venez de gravir l’ont été, il y a des années, par Serge Rachmaninoff et par une galaxie de noms éminents de la musique russe et française…
Accoudé sur la rambarde du balcon, au centre, on reconnaît le violoncelliste Paul Tortelier, qui donne deux cours hebdomadaires à partir de la rentrée 1951.
Cette photographie où il refait le monde entouré de ses élèves, a été choisie en couverture de l’ouvrage d’Erwan Barillot et Arnaud Frilley, Destins russes à Paris. Un siècle au Conservatoire Rachmaninoff (1924-2024).
L’image dénote toute la fraîcheur d’une nouvelle génération de professeurs qui voue une fidélité intacte aux anciens. On devine derrière, sur le tableau d’informations qui est toujours présent aujourd’hui, le visage de Serge Rachmaninoff. Ce visage est le symbole de la continuation de la rigueur pédagogique, au fil des générations.
Dès sa création en 1924, le Conservatoire russe compte parmi ses professeurs les plus grands noms des Conservatoires russes de Moscou et de Saint-Pétersbourg.
Ses deux premiers directeurs sont mondialement célèbres. Le premier est le Prince Serge Volkonski, l’un des hommes les plus érudits de son époque, critique littéraire et administrateur des théâtres impériaux de Russie. Le second, qui professionnalise le Conservatoire dès la rentrée 1925, est Nicolas Tcherepnine, maître de Prokovieff et compositeur mythique des Ballets russes de Diaghilev. Vous trouverez ces deux hommes d’exception quelque part à l’intérieur, si vous cherchez bien…
Le Conservatoire accueille de grands professeurs, dont voici les plus célèbres :
Intellectuel incontournable, critique musical et beau-frère de Scriabine, il édite les œuvres de Tolstoï et Dostoïevski en France.
Pianiste et compositeur français formé avec Maurice Ravel et Alfred Cortot, il est l’un des plus grands pédagogues de son époque.
Russe d’origine française, il est l’ancien chef du département piano du conservatoire de Moscou et l’ami intime de Rachmaninoff.
Frère de Léon, médaillé d’or du conservatoire de Moscou soutenu par Tchaïkovski dans ses tournées mondiales, son fils Boris épouse Tatiana, la fille cadette de Rachmaninoff.
Cadet des professeurs, il se forgera une réputation de pédagogue avant de diriger le département de violon de la Juilliard School de New-York.
Compositeur avant-gardiste, il développe un système de notation à douze tons et explore dès 1920 la musique électronique.
Le quatuor vocal de Saint-Pétersbourg, ou « quatuor Kedroff », multiplie les tournées et jouit d’une célébrité mondiale – au point que Fiodor Chaliapine, qui travaille régulièrement avec cet ensemble, le qualifie de « miracle de l’art vocal ».
Professeure d’art lyrique au conservatoire de Saint-Pétersbourg, elle enseigne aussi à l’École Normale de Paris. Le petit-fils de Sophie et Nicolas Kedroff, également appelé Nicolas, est aujourd’hui professeur de balalaïka au Conservatoire.
Compositeur russe d’origine allemande, il a co-fondé avec Rachmaninoff la Société des amateurs de la musique de chambre de Moscou.
Compositeur français prolifique de mélodies, cantates, opéras et ballets, il est un pédagogue réputé, maître de Nadia Boulanger.
Il est réputé pour ses mélodies populaires, dont Les jours de nos vies, reprise par Charlie Chaplin dans Les temps modernes.
Tous ces noms prestigieux figurent au programme pédagogique de la rentrée 1925-1926, miraculeusement retrouvé dans les archives.
Regardez attentivement le document. On y retrouve un nom célèbre que vous reconnaîtrez forcément, et que nous n’avons pas cité. Un certain professeur d’orchestration, semble-t-il. Aurait-il enseigné Conservatoire russe ? Pour en avoir le cœur net, le mieux serait de pousser la porte, et de chercher directement à la rencontrer…