Voici le portrait de cinq personnalités fondatrices du Conservatoire : Rachmaninoff, Gretchaninoff, Glazounov, Chaliapine et Nicolas Tcherepnine. C’est lui qui, à partir de 1925, dirige et développe le Conservatoire russe.
Le 18 mai 1909, le public du Théâtre du Châtelet découvre une nouvelle création, Le Pavillon d’Armide, avec les danseurs Vaslav Nijinski et Tamara Karsavina. C’est le premier des Ballets Russes de Serge Diaghilev. La musique est signée Nicolas Tcherepnine, maître de Serge Prokofieff au conservatoire de Saint-Pétersbourg, chef d’orchestre du Théâtre Mariinski et de l’Opéra impérial.
Nicolas Tcherepnine entretient une amitié avec les plus grands artistes russes de son époque. On peut citer, entre beaucoup d’autres, la légende du ballet, Anna Pavlova. C’est elle qui, en 1924, l’invite à venir à Paris. Mais pourquoi voulait-il que le compositeur la suive dans la capitale française ? Vous le saurez peut-être, si vous croisez Anna Pavlova dans les étages du Conservatoire…
Le 12 mars 1925, Nicolas Tcherepnine est élu à l’unanimité directeur du Conservatoire russe, situé à l’époque dans le IXème arrondissement. Il professionnalise l’école et engage des professeurs prestigieux issus des grands conservatoires de Moscou et de Saint-Pétersbourg (ceux que vous croisez sur les marches). Ci-contre, une lettre datée d’avril, signée par Tcherepnine, définit les missions du personnel administratif.
L’ancien compositeur des ballets de Diaghilev est un homme simple et humain, très apprécié par ses collèges. La détresse des artistes russes en exil est terrible et, par solidarité, il a toujours refusé de toucher son traitement de directeur. Dans son journal, Prokofieff partage sa peine lors des retrouvailles avec son ancien professeur, qu’il compare à « un wagon de première classe qui aurait déraillé et été écarté. »
Accaparé par ses fonctions de directeur, Nicolas Tcherepnine déplore le manque de temps qu’il lui reste pour la composition. En 1931, le « wagon de première classe » remonte sur les rails et part aux États-Unis diriger le Boston Symphony Orchestra. Il est remplacé à son poste par le prince Serge Volkonski, que l’on rencontre à l’étage du Conservatoire, dans la salle à droite des escaliers.
Après le décès du prince Serge Volkonski en 1938, Nicolas Tcherepnine est rappelé à la direction du Conservatoire russe (voir ci-contre). Il confie sa satisfaction de retrouver l’école dans une meilleure situation qu’avant son départ sept ans plus tôt, et se dit enchanté par ces nouveaux locaux qu’il découvre. Il ajoute :
La principale caractéristique de notre Conservatoire est qu’il s’agit d’un Conservatoire russe, un foyer de l’art musical qui est maintenant au zénith de sa gloire. Il faut porter une attention particulière à l’enseignement de la musique russe et lui donner une place appropriée dans les programmes.
Pendant l’occupation, la SMRE, l’association qui régit le Conservatoire, est dissoute. Seuls cinq professeurs continuent d’enseigner malgré tout, dont Alexandre Tcherepnine, compositeur comme son père.
La présidente, Nina Alexinsky, se distingue par ses actions contre les Allemands tandis qu’un élève de la classe de violon, Michel Tagrine, meurt les armes à la main dans les combats pour la Libération de Paris. Vous les croiserez peut-être dans les étages…
Privé de ressources, Nicolas Tcherepnine tombe dans la misère. L’hiver 1941 est si rude qu’il doit brûler une partie de ses partitions, dont certaines inédites, pour allumer le poêle. Parmi ces œuvres à jamais disparues, l’édition originale de sa symphonie à la mémoire de Rimski-Korsakov, son vieux maître dans une vie antérieure. Il meurt le 26 juin 1945, quelques semaines après la signature de l’armistice. L’Institut Rachmaninoff honore sa mémoire.