Il a fallu attendre la reprise du lieu en 2020 et le travail sur les archives pour que nous retrouvions enfin l’identité de l’homme sur ce portrait. Arcady Trebinsky, compositeur issu de l’ancienne aristocratie, à qui l’établissement doit sa renaissance, après les épreuves de l’occupation.
Pianiste et compositeur de talent, Arkady Trebinsky est issu d’une vieille famille originaire de Serbie. Il est l’époux de la duchesse Elena Gueorguievna de Leuchtenberg, arrière-petite-fille d’Eugène de Beauharnais, prince de l’Empire français, vice-roi d’Italie et fils adoptif de Napoléon.
Après la révolution de 1917, le couple s’établit un temps en Bavière, au château de Seeon, propriété du duc Georges de Leuchtenberg, le père d’Elena. Arkady Trebinsky y côtoie un hôte illustre : le général Wrangel, dernier dirigeant des troupes de l’Armée blanche, tout juste évacué de Crimée.
En 1924, le couple s’installe à Paris. Arkady Trebinsky donne de nombreux récitals : il interprète Chopin, Scriabine, Rachmaninoff et ses propres œuvres. Ses symphonies rencontrent un certain succès. Il adhère à la Société Musicale Russe à l’Étranger (SMRE) dès sa fondation en 1931, et en devient vice-président.
Pendant l’occupation, Arcady Trebinsky émigre en zone libre. De retour au Conservatoire après la Libération, c’est lui qui préside le 11 mai 1945, deux jours après la Victoire, la première Assemblée générale de la SMRE reconstituée.
Farouche défenseur des canons classiques et néo-romantiques, il promeut tout aussi bien les compositeurs modernes. Il créé une nouvelle organisation, le Foyer de la musique contemporaine, qui organise jusqu’à dix concerts par an entre 1945 et 1953, qui permettent à de jeunes compositeurs novateurs de dévoiler leurs nouvelles œuvres en ces murs.
Modernisateur, Arcady Trebinsky engage de profondes réformes au sein de l’établissement. Élu directeur en 1951, il professionnalise les méthodes pédagogiques, accroît la valeur du diplôme, restructure les missions du personnel, embauche trois nouveaux salariés, dont une bibliothécaire, avec l’ambition de constituer une véritable bibliothèque pédagogique.
Après une année de restructuration, Arcady Trebinsky cède son fauteuil de directeur à son collègue Vladimir Pohl, qualifié par la presse russe de « dernier représentant de l’époque brillante de notre art musical national ».
Pendant les trente années qui suivent, Arcady Trebinsky demeure un membre actif de la commission pédagogique du Conservatoire russe. Son travail de compositeur jouit encore d’une certaine aura. En 1979, il enregistre avec l’Orchestre de chambre de la Radio nationale, et France Culture consacre une journée à ses compositions.
Mais sa notoriété ne se transforme pas en postérité. Quand survient sa disparition trois ans plus tard, ses œuvres quittent les ondes avec lui.