Anna Pavlova

et l’école russe du ballet

Si la légende du ballet n’a pas enseigné dans l’établissement, elle a entretenu de nombreux liens d’amitié et de travail avec ses professeurs, et d’abord avec le directeur, Nicolas Tcherepnine. Sans Anna Pavlova, le Conservatoire russe n’aurait pas vu le jour. Voici pourquoi…

Lettre de Victor Dandré, compagnon et impresario d'Anna Pavlova
1924

Aux origines de l'école...

Au début de l’année 1924, La Pavlova est en tournée à Paris. Elle souhaite monter un ballet à partir de la musique Dionysus de Nicolas Tcherepnine, son ancien collègue du Théâtre Mariinsky. Il accepte la proposition, quitte le Conservatoire de Tiflis qu’il dirige alors, embarque vers Paris et participe à la fondation du Conservatoire russe.

L’Étoile, mondialement reconnue pour son interprétation de La Mort du Cygne, s’éteint en janvier 1931, lors d’une tournée aux Pays-Bas. Cinq mois plus tard, son compagnon, Victor Dandré, est élu membre d’honneur de la SMRE, l’association qui dirige le Conservatoire. Dans un courrier, il remercie l’association et annonce :

Compte tenu de mon projet de m’installer à Paris à l’avenir, je serai très heureux de mieux connaître les activités de votre association.

1931

La classe Preobranjenska

À cette époque, le Conservatoire russe est hébergé au studio Wacker, rue de Douai, avec la classe de l’autre grande prima ballerina de l’époque, Olga Preobrajenska.

La doyenne du Conservatoire russe, Nathalie Zolotovsky, se souvient de « Preo » comme d’une femme étonnamment énergique pour sa petite taille, capable de « bonds incroyables ». Une excellente pédagogue, très stricte, vigilante sur la discipline, qui a formé des générations de danseurs – dont Nina Vyroubova qui reviendra danser au Conservatoire à l’occasion d’une soirée du Nouvel an russe.

Nous avons retrouvé une de ses dédicaces, en russe, à Eugène Gounst, son collègue qui l’accompagne parfois au piano pendant ses leçons :

Je vous remercie, cher Evgueni Ottovitch, pour cette mélodie qui m’aide tant pendant mes cours.
Dédicace d'Olga Preobrajenska à Eugène Gounst
1956

gala pour la pavlova

 Légende de son vivant, Anna Pavlova reste, après sa mort, une figure unanimement reconnue. Pour les vingt-cinq ans de sa disparition, Serge Lifar organise au Conservatoire un grand gala en son honneur. Il lui consacre une conférence. Puis, les Étoiles les plus prestigieuses de l’Opéra de Paris s’illustrent sur la scène du premier étage : Lycette Darsonval, Madeleine Lafon et Nina Vyroubova, qui cinq ans plus tard dansera avec Rudolf Noureev dans La Belle au bois dormant.

Très remarquée aussi, la prestation de Claude Bessy, vingt-trois ans, tout juste nommée Étoile du ballet de l’Opéra. La future directrice de l’École de danse de l’Opéra nous confie ses souvenirs d’une époque où la danse était associée à la communauté russe  :

Le milieu de la danse regorgeait d’artistes russes. Lioubov Iegorova, ma professeure, habitait presque en face de chez moi : je la connaissais très bien, tout comme son mari et son chien. J’étais aussi très amie avec Serge Lifar […] Les Russes étaient très sympathiques et accueillants. Il y avait toujours de la vodka dans les parages, et une ambiance formidable.

C’est à l’occasion de ce gala qu’est exposé un tableau mémorable : le Portrait d’Anna Pavlova…

1956

un portrait taille réelle

Cette œuvre d’1m90 est signée par le peintre Alexandre Iacovleff dont la sœur, Sandra, enseigne le chant au Conservatoire russe.

D’emblée, on est saisi par son réalisme grandeur nature, si fidèle qu’on croirait que l’Étoile se tient là, debout dans sa jupe Chopin. Elle descend de son décorum néoclassique comme un ange qui regrette le monde des vivants.

Vingt-cinq ans après la disparition d’Anna Pavlova, le tableau prend une saveur posthume. Pourtant, il a été peint du vivant de l’artiste, en marge d’une de ses tournées parisiennes. Cette position que les ballerines connaissent sous le nom de plié-battement tendu ressemble à une révérence, un salut annonciateur d’une dernière représentation.

Le tableau est aujourd’hui exposé à la galerie Tretiakov de Moscou. Contrairement à celui de Dorian Gray, le Portrait d’Anna Pavlova a traversé le siècle sans une éraflure, témoignage miraculeux d’une pureté à jamais intacte.

Portrait de la ballerine Anna Pavlova par Alexandre Iacovlev
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